Semaine cinéma coréen – JSA
Par bebealien le Jun 12, 2008 | Dans News, DVD, Dossier Spécial | 1 réaction »
Aujourd’hui, pour cette quatrième journée de cette semaine consacrée au cinoche le plus inventif du moment nous allons de nouveau plonger dans le contexte géopolitique de la Corée. Sur le grill aujourd’hui JSA (Joint Security Area), un film sur un meurtre commis sur le no man’s land servant de ligne de démarcation entre Corée du Nord et Corée du Sud. Un pur moment de tension qui ridiculise immédiatement les tentatives américaines dans le genre codifié du film d’enquête militaire…
JSA – La situation explosive de la Corée
De nos jours, un poste de garde situé sur la JSA (zone démilitarisée entre les deux Corées). Des coups de feu éclatent. On retrouve deux hommes du Nord morts et un homme du Sud qui dit avoir été leur prisonnier. L’incident fait monter de manière importante la tension entre les deux pays qui envoient des renforts de troupes le long des frontières. Une suissesse d’origine coréenne est envoyée sur place pour comprendre ce qui s’est passé. Très vite, elle se rend compte que le récit du rescapé ne donne qu’une vue de la partie émergée de l’iceberg… Elle doit vite trouver la vérité, car les deux camps se renvoient mutuellement la balle…

Je l’ai dit il y a quelques jours en parlant de Shiri, le contexte géopolitique si particulier de la Corée ne peut qu’être une source d’inspiration extraordinaire pour les scénaristes. Bien loin du manichéisme situant les bons capitalistes au Sud est les méchants communistes au Nord, le cinéma du Sud ne cesse de répéter à qui veut l’entendre que les deux pays sont frères avant d’être voisins. JSA en est un parfait exemple. Un incident idiot prend des proportions gigantesques car d’une part comme de l’autre personne ne veut donner l’impression d’être faible. Ce jeu d’influence prend une ampleur dépassant l’entendement quand il est à deux doigts de relancer la guerre…

Le nœud de l’intrigue se situe entre quatre personnages, amis avant tout, ne se souciant pas de leur appartenance aux deux camps, aux idéologies pourtant si différentes… JSA est avant tout un grand film humaniste qui plaide pour la réunification. Il faut savoir que de nombreuses familles ont été coupées en deux lors de la séparation. A part les extrémistes des deux bords, la mentalité est plutôt de considérer l’adversaire comme un frère, contre qui l’on est obligé de se battre par peur qu’il ne tire le premier.

En situant son intrigue sur la fameuse JSA, Park Chan Wook (décidément très bon réalisateur, Old Boy est de lui également) montre que les oripeaux idéologiques communistes ou capitalistes sont des œillères forçant les hommes à prendre parti pour un camp, ce qui est pourtant en forte opposition avec leur valeur intrinsèque. Il faut savoir qu’historiquement JSA est sorti juste après la détente, à savoir la rencontre entre les présidents des deux pays.
Au-delà du discours fortement politique qu’on ne peut ignorer et qui berce à chaque instant le récit, on ne peut être qu’admiratif devant la qualité du métrage. Interprétation forte et habitée, image belle, scénario intelligent, avec certes de nombreux twists, mais naviguant toujours en cohérence vers une vérité simple et étonnante… JSA est déjà une très belle réussite artistique.

Présenté dans de nombreux festivals, JSA a raflé de nombreux pris, totalement mérités. Amateurs d’enquête policière, de politique internationale ou tout simplement de petite histoire dans l’Histoire avec un H majuscule, ne passez pas à côté de ce film qui est un vrai petit bijou disponible partout en DVD.
Semaine cinéma coréen – 2009 Lost Memories
Par bebealien le Jun 11, 2008 | Dans News, DVD, Dossier Spécial | 1 réaction »
Continuons notre petit tour d’horizon du cinéma coréen avec un film supplémentaire disponible directement en DVD. Aujourd’hui c’est de la SF d’anticipation, matinée de film historique et de film d’action. 2009 Lost Memories avait battu en son temps le record du plus gros budget de film sud-coréen et ca se voit à l’écran. Quand la Corée rencontre Philippe K. Dick et son Maître du haut-château…
2009 Lost Memories – Philippe K Dick et la Corée…
1909. Contrairement à ce que nous connaissons, Hiro Ito ne se fait pas assassiner en gare de Harbin. L’Histoire change. Le Japon devient une méga-puissance et se bat aux côtés des alliés pendant la seconde guerre mondiale. La bombe atomique est lâchée sur Berlin. 2009. La Corée est un territoire japonais. Deux agents du JBI (Japanese Bureau of Investigation) enquêtent sur un groupuscule terroriste indépendantiste s’en prenant aux œuvres d’art…

2009 Lost Memories est une bombe. Encore une fois, l’histoire très particulière de la Corée explique la subtilité du scénario et la critique implicite qu’il fait de l’état du monde actuel. En effet, l’assassinat de Hiro Ito (qui a bien réussi dans la vie réelle) est considéré comme un acte fort et fondateur de l’histoire Coréenne, a une époque ou la Japon annexait ses territoires. L’assassinat ayant permis aux Coréens d’accéder à l’indépendance.
Cette uchronie fait immédiatement penser à du Philip K Dick, et son roman Le Maître du Haut Château où les USA cèdent devant les nazis et le Japon lors de la deuxième guerre mondiale. Le principe est fort, car il permet de s’interroger sur l’histoire et sur cet effet papillon qui implique que des actes passés donnent la situation géopolitique actuelle. Le film reviendra à de nombreuses reprises sur cet assassinat qui est la clé du film… mais dur d’en dire plus sans déflorer l’intrigue outre mesure (qui réserve de belles surprises).

Au-delà du scénario brillant et qui justifie à lui seul la vision du film, 2009 Lost Memories est aussi une réussite artistique totale. Ce qui me vient en premier à l’esprit est la musique. Géniale, transcendante, j’ai eu un mal de chien à me la procurer et je ne cesse d’écouter en boucle ce thème d’intro du film où sont présentés l’assassinat raté puis une brève description des évènements marquants menant jusqu’en 2009. La musique de ce film n’est pas juste bien, elle est extraordinaire. John Williams (Star Wars, Indiana Jones…) ou Danny Elfman (les Tim Burton, Spiderman…) font limite petits joueurs à côté de Dong-Jun Lee. Sa BO c’est du pur bonheur, comme on en trouve que rarement. A la fois lyrique, inspiré, guerrier ou intimiste. Une tuerie.

Le film fourmille aussi de détails consécutifs à l’annexion de la Corée par le Japon : que ce soit la conduite à gauche, les monuments qui changent, les accents des protagonistes (mais je suis incapable de le vérifier ne parlant ni coréen ni japonais… mais il parait que c’est le cas !). Bref c’est travaillé, bien pensé et totalement jouissif.
Suivant l’enquête d’un inspecteur du JBI poursuivant des terroristes, le film laisse forcément une place importante aux scènes d’action, tournées souvent au ralenti, ce qui pourrait être frustrant ou ridicule. Mais encore une fois, de part les choix du metteur en scène Lee Si-myung, et encore une fois grâce à la fabuleuse musique, le tout passe comme une lettre à la Poste. Tout juste pourra-t-on regretter quelques scènes finales abusant un peu trop des effets spéciaux mal incrustés.

Impossible également de ne pas parler du casting, mené par Jang Dong-gun, sorte de Chow Yun Fat coréen, au charisme animal qui bouffe littéralement la pellicule. Il a tourné peu après dans Frères de Sang, autre grand film sur la guerre en 1950 entre le Nord et le Sud, et qui a explosé une fois de plus le box-office local. Dès qu’il apparaît à l’écran, le film gagne en intensité et en profondeur. Peu d’acteurs font cet effet là, lui à l’air de le faire naturellement…
2009 Lost Memories, c’est du film intelligent et bien foutu, à la fois divertissant et parlant d’un sujet très sérieux, super bien joué, beau à regarder, avec une BO de folie. Il n’est pas encore dans votre DVDthèque ? Mais enfin, foncez l’acheter !
Semaine cinéma coréen – Old Boy
Par bebealien le Jun 10, 2008 | Dans News, Cinéma, Dossier Spécial | 2 retours »
Ayant parlé de Choi Min-Sik hier, il me semble logique de parler de Old Boy aujourd’hui. Cette grosse claque, grand prix du festival de Cannes 2004 (à deux voies près, derrière Fahrenheit 9/11 palme d’or), a été aussi surprenante que forte. Deuxième opus de la trilogie de la vengeance de Park Chan Wook (après Sympathy for Mister Vengance, et avant Lady Vengeance), Old Boy est un véritable uppercut dans la figure du spectateur, qui reste imprimé sur la rétine longtemps après sa vision.
Old Boy – La vengeance est un plat qui se mange froid et saignant
Un soir de beuverie Oh Dae-Soo, un père de famille, est enlevé. Enfermé dans une chambre sans contact avec l’extérieur autre qu’une télévision, il apprend que sa femme a été tuée et qu’il est le principal suspect. Régulièrement ses kidnappeurs l’endorment pour le raser, lui couper les cheveux ou tout simplement faire le ménage. Après quinze ans d’enfermement, Oh se réveille un jour dehors, sans explication. Un coup de téléphone anonyme lui propose de jouer à un jeu consistant à comprendre qui l’a enlevé et pourquoi. La quête de vérité de Oh sera sinueuse et sanglante.

Old Boy est une adaptation d’un manga éponyme de Tsuchiya Garon (que je n’ai pas lu). Dur de savoir à quel point l’univers barré du film provient directement de cette influence ou pas. Quoi qu’il en soit, Old Boy est un film polymorphe, dur à appréhender car impossible à saisir. En effet, bien malin est celui qui peut prévoir le déroulement de l’histoire. La révélation finale est pourtant d’autant plus choquante qu’elle est systématiquement suggérée par des indices auparavant et que seule une deuxième vision du film permet de s’en rendre compte.

Cette complexité de l’intrigue ne rend pas le film difficile d’accès. Au contraire. En donnant au spectateur le même point de vue que Oh, sans jamais lui dévoiler des informations auxquelles le héros n’a pas encore accès, le puzzle se construit peu à peu. Oh n’ayant eu aucun rapport social pendant presque quinze ans, il ressort de sa pièce à moitié fou. La mise en scène de Park Chan Wook arrive à instiller de manière particulièrement efficace cet état de fait. Par exemple via la musique, quasi-omniprésente, reprenant des grands thèmes de tango ou de valse et se trouvant donc totalement en porte-à-faux avec ce qu’on est en droit d’attendre. Ou encore via une scène devenue mythique ou le héros avale un poulpe vivant… Il est difficile de comparer Old Boy a un autre film tant il est unique en son genre.

Le film se veut à la fois objet répulsif via son extrême violence et la bizarrerie des situations, et en même temps totalement addictif car on sent un sens caché derrière cette folie. Et on se prend au jeu d’essayer de comprendre pourquoi Oh s’est retrouvé enfermé et ce que veut cet étrange businessman qui semble tourner autour de lui. Et en effet, à la fin du film, toutes les pièces, même les plus étranges, s’emboitent parfaitement.

Pour interpréter un héros si différent, Park Chan Wook fait appel à Choi Min-Sik, acteur totalement halluciné et hallucinant. Par certain côté il donne l’impression d’être un Alain Delon local : dur et austère en apparence, avec une espèce de colère rentrée. Mais quand la folie éclate, Min-Sik devient à la fois touchant, pitoyable, émouvant ou ultra violent… la gamme d’émotions qu’il arrive à faire passer à travers son personnage est à la fois bluffante et impressionnante. Malgré sa psychologie extrêmement complexe, impossible de ne pas ressentir d’empathie envers lui, même lorsqu’il se bat contre une foule hargneuse lors d’un plan-séquence hallucinant dans un couloir, ou lorsqu’il est près aux pires extrémités pour cacher un secret.
Il y a des films que l’on va voir en les ayant oubliés dès que l’on sort de la salle. Old Boy c’est l’extrême opposé. J’ai longtemps été hanté par ses images, son obsession destructrice, son idée un peu tordue de la rédemption, son jusque-boutisme, son originalité, son interprétation… Dommage que le jury de Cannes lui aie préféré le plus consensuel Fahrenheit 9/11. Heureusement les cinéphiles commencent à tailler une réputation de film culte à Old Boy, et elle est pour une fois totalement méritée. Il est disponible partout en DVD. Attention tout de même, il est à éviter pour les âmes sensibles.
Shiri – Le film qui a lancé le cinéma coréen
Par bebealien le Jun 9, 2008 | Dans News, Dossier Spécial | Réagir »
Aujourd’hui, je vais essayer quelque chose de nouveau. N’ayant pas beaucoup de bons films à me mettre sous la dent pour les chroniquer, j’ai décidé de faire une semaine cinéma coréen. 5 jours, 5 films, 5 styles différents, 5 chroniques. L’idée est de balayer le paysage cinématographique de la contrée offrant les plus beaux films du moment. Le programme exact n’est pas totalement fixé, mais attendez vous à des films tels que Old Boy, 2009 Lost Memories, Memories of Murder, JSA, The Host, City of Violence, Frères de sang… Bref il va falloir que je choisisse, et ca va être dur. En tout cas les titres cités ci-dessus mais que je ne traiterai pas valent le coup si jamais vous tombez dessus… Une chose est sûre, dur de parler de cinéma coréen sans parler du film qui a lancé le marché coréen : Shiri.
Shiri – Terrorisme et géopolitique en Corée
Dans le contexte tendu de la Corée, les présidents du Nord et du Sud décident de faire un geste fort en assistant tout deux à un match de football opposant leur deux pays. Ryu un agent des services secret du Sud apprend qu’un groupe d’extrémistes du Nord a décidé de passer la frontière pour organiser un attentat lors du match. Il va tenter de les retrouver sachant qu’une mystérieuse femme, dont le nom de code est Shiri, semble chapoter les terroristes…

Le pitch du film est simple. On se croirait presque dans une authentique série B avec au choix Van Damme / Seagal / insérer ici le nom du muscle-man de service. Sauf que non. Quiconque connaissant un peu la situation très particulière de la Corée comprendra de suite l’intérêt du pitch. Le cinéma coréen est en effet très intéressant car c’est celui d’un pays déchiré, celui d’un pays ou des membres d’une même famille ont pu se retrouver de part et d’autre d’un no-man’s-land séparant Nord et Sud… D’ailleurs quand on parle de cinéma coréen, on parle de ciné de Corée du Sud, le Nord n’en tournant quasiment pas et ne faisant que de la propagande.

Dans un tel contexte géopolitique, n’importe quel film prend une signification largement différente. La Corée du Sud pleure ses frères du Nord tombé sous le joug communiste, tout en se protégeant des fanatiques cherchant à faire capoter toute tentative de réconciliation. Du coup la mentalité du Sud est particulière : à la fois fière d’avoir su combler en 20 ans un retard technologique phénoménal, un certain sentiment pro-sécuritaire, mais l’espoir qu’un jour les deux entités pourront de nouveau être unifiées. Shiri est le premier essai sud-coréen à vraiment tenter de faire à la fois un film grand public, un blockbuster de qualité, et une réflexion sur la condition du pays.

Shiri suit donc en parallèle l’enquête des agents secrets cherchant à identifier puis à traquer le groupuscule terroriste, et de l’autre côté le groupuscule lui-même, venant d’un pays totalement pauvre et faisant une critique de ce mode de vie impérialiste tout en vaquant à leurs préparatifs. Violent, sombre et super efficace, Shiri est à la fois un film d’action muclé, un portrait d’un pays divisé, un message de paix humaniste et un triste regard sur les conditions de vie au Nord.
A ce titre, la scène d’introduction présentant l’entrainement des recrues spéciales du Nord vaut son pesant de cacahouètes… Battus, humiliés, ramenés à l’état sauvage, transformés en machines à tuer ivre de violence… les pauvres paysans recrutés n’ont pas d’autre choix que de se battre et tuer pour survivre.

Shiri doit être le premier film coréen que j’ai vu. Il avait bénéficié à l’époque d’une sortie en salles. Et déjà, un acteur jouant un des terroristes crevait l’écran : Choi Min-Sik. Avec un physique taciturne, des yeux mélancoliques, une espèce de colère intérieure ne cherchant qu’à exploser, il crève l’écran. Sentiment confirmé lorsque quelques années plus tard il incarne le premier rôle d’un film ovni et extraordinaire qui aura la palme d’or à Cannes (palme pour une fois amplement méritée) : Old Boy… Mais nous reviendrons dessus plus tard dans la semaine.
Shiri présente le double avantage d’être procurable relativement aisément en DVD (dans le pire des cas sur Amazon) et d’être un film aisément accessible pour quiconque souhaiterai appréhender ce cinéma si particulier. Allez promis, demain on parle d’Old Boy !
JCVD – Jean Claude montre qu’il est un VRAI acteur
Par bebealien le Jun 6, 2008 | Dans News, Cinéma | 2 retours »
Pas de billet hier, faute à beaucoup de boulot et une prépa de court-métrage particulièrement chronophage. Ca risque de se reproduire dans les prochains jours, mais j’essaierai néanmoins de continuer à écrire régulièrement. Mais revenons à nos moutons. JCVD est un film que j’attendais depuis longtemps. Sans faire partie des fans du bonhomme, je suis persuadé depuis Replicant que Jean Claude est un vrai bon acteur sous-utilisé, capable d’être vraiment juste et touchant lorsqu’il est bien dirigé. Que penser alors d’un film qui lui permet d’incarner son propre rôle et de faire écho à ses frasques passées ?
JCVD – Jean Claude se met à nu, et c’est vachement bien
Jean-Claude Van Damme va mal. Il ne tourne plus que dans des productions au rabais, filmées par des amateurs. Il est en train de divorcer avec sa femme et perd la garde de sa fille. De retour en Belgique pour se ressourcer, il se retrouve malgré lui impliqué dans le braquage d’un bureau de Poste. Par un quiproquo les policiers se mettent à penser que Jean Claude à pété les plombs en raison de la pression. Et que dire de ses fans qui voient en lui un héros et non le fait qu’il soit un homme comme les autres ?

JCVD est un ovni. Un vrai. Un film à part. Le seul objet filmique non identifiable que je connaisse et qui s’en rapproche doit être Dans la Peau de John Malkovich, avec déjà un acteur jouant son propre rôle dans une histoire bien alambiquée. Ici, pas de poésie sous acide. JCVD est un film sur le statut de star, et surtout sur un personnage brisé par les médias, par la vie, et qui égratigne son image de « tough guy » avec une justesse, un sens de l’autodérision et une émotion rare.
Le film est construit intelligemment et Mabrouk el Mechri ne cesse de jongler entre réalité et fiction. Dur de démêler le vrai du faux concernant la vie de Jean-Claude présentée dans le film. Mais quiconque connaît quelque peu son parcours et sa filmographie sera particulièrement sensible aux références. Que ce soit concernant John Woo l’ayant abandonné après Chasse à l’Homme, l’étude des productions bas budget d’Europe de l’Est, la queue de cheval de Steven Seagal…

Naviguant sans cesse entre absurde, rire et émotion, JCVD surprend. C’est à la fois un film de braquage et un film sur Jean Claude. A la fois une réflexion sur la célébrité et une sur le statut de héros. Etrange mélange pour un étrange film. Et que penser de ce long monologue face caméra (et improvisé sur le tournage) ou Jean-Claude explique avec ses propres mots son parcours, ses erreurs, ses failles, son envie de se sentir à la fois utile et apprécié. Scène émouvante, où il se lâche totalement. On peut également en citer une autre où il passe devant une télé compilant ses frasques audiovisuelles philosophiques. Une bonne occasion de le voir prendre de la distance tout en assumant.

Ce portrait décalé de « The Muscles from Brussels » a quand même un petit défaut. En effet le film reste toujours un peu le cul entre deux chaises. Le pitch de base est excellent, les premières minutes brillantes (en particulier les 3 premières où en un plan-séquence sont retracés 20 ans de films d’action), la mise en jambe simple et efficace. Mais en se perdant un peu trop sur les coulisses policières du braquage, el Mechri oublie parfois son sujet, trop content de pouvoir jouer avec tout plein de figurants et d’armes à feu. Le film aurait gagné en intensité à ne jamais sortir de ce petit bureau de poste, attaqué par trois petites frappes (le violent, l’abruti et le fan). Le braquage n’est un prétexte et devient parfois un peu trop le centre du film…

JCVD est un film à part et qui je l’espère aura du succès. Jamais acteur n’aura osé autant se mettre à nu, autant parler de son statut d’homme derrière son image iconique. Après avoir vu ce film, dur d’avoir envie de se moquer de nouveau de notre belge préféré. On a devant nous un homme touchant, brisé mais encore fort… et surtout un excellent acteur. Je croise les doigts très fort pour qu’après ce film Jean Claude puisse enfin accéder à des films que sa gueule burinée, sa finesse de jeu jamais exploité et tout simplement son talent puisse enfin mettre à jour définitivement. JCVD c’est du tout bon, courrez-y !


