Seul contre tous – Le boucher a les rênes
Par bebealien le Jun 19, 2012 | Dans News, Cinéma | 3 retours »
Ouais, j’avoue que ce calembour roucassien, j’ai mis du temps à le trouver. En tout cas, moi qui avais été déçu par Irréversible et Enter the void, m’étant ennuyé devant les deux que je trouvais faussement provocants, j’étais curieux de m’attaquer au premier film de Gaspard Noé, des comparses m’ayant soufflé qu’il brassait des thématiques identiques à celles de l’un de mes projets de long. Et si je ne suis pas très fan de ses dix dernières minutes qui tombent peut être un peu dans cette fameuse facilité que je reproche à Noé, tout ce qui précède est quand même une belle claque, pleine de hargne et de colère qui semble cristalliser un certain nombre de peurs très humaines. Bref, un film à (re)découvrir, mais vraiment âpre.
Seul contre tous – Chute libre
Un boucher, ayant fait de la taule quelques années plus tôt pour avoir vengé sa fille qu’il avait cru violée, et maintenant ruiné, ne supporte plus son quotidien. Alors que sa femme tombe de nouveau enceinte, il craque, nourrissant sa haine grandissante contre l’humanité toute entière. Revenant sur Paris dans l’hôtel où il a conçu sa fille vingt ans plus tôt, cherche à gérer sa haine, qui grandit, qui croit jusqu’à l’occuper entièrement. Armé d’un flingue et de trois balles, il cherche le moyen de donner un but à son existence, si possible en se vengeant de ceux qu’il considère comme ses ennemis…

Suite:
Drôle de film que celui-ci, à la fois par sa forme et par son fond. Adapté d’un court métrage qui l’avait fait remarquer, Seul contre tous est à la fois d’une épure et d’une violence rare. Quelque part il fait même penser au cinéma d’Haneke (entre autre à son funny games) : caméra statique ou en travelling « simple », volonté d’épure totale dans la mise en scène (à part quelques gimmicks à base de coup de feu et de tilt rapide et de titrages étonnant) et voix intérieure du personnage que l’on regarde marcher pendant la moitié du film.

Oui, sa forme est aride et abrupte. Et en même temps son fond contient une des synthèses les plus efficaces que j’ai pu voir de l’état d’esprit d’un homme en colère, conscient d’avoir raté sa vie, se sentant désespérément seul et cherchant un but à sa vie. Le film n’est pas dépressif, il est ultra sombre, ne laissant que peu de place à une échappatoire. Et quand celui-ci arrive dans les dernières minutes, il est contraire à la morale. Morale qui fut un temps le titre de ce projet. Mais dans sa description de cet état de solitude, Noé fait mouche avec une acuité rare.

Pour porter ce rôle très parlant tout en n’ouvrant presque jamais la bouche, Noé fait une découverte : un acteur de 61 ans qui n’avait eu jusqu’ici que des petits rôles. Philippe Nahon. Avec une rare économie de jeu pour un acteur français, il semble incarner la colère elle-même, une boule de haine contre les étrangers, les patrons, sa femme enceinte qu’il roue de coups, les pauvres, ses faux amis… bref l’humanité entière. D’où le titre. Je comprends qu’après un tel rôle sa carrière ait enfin commencé à décoller.

Malgré tout, Seul contre tous n’est pas exempt de défaut. Noé est parfois poseur (surtout dans ses titres ou dans un titrage pré séquence de fin un peu pompeux), et comme dit plus haut, j’ai trouvé sa fin maladroite. Mais avec son micro budget, il exprime plus que tout autre film un sentiment de rejet, de dégout profond de l’humanité. Un film qui prend aux tripes, et c’est suffisamment rare pour être noté… à condition de savoir passer outre sa forme peu facile d’accès.
3 commentaires
J'ai énormément aimé ce film, et son absence de musique (du moins accompagnant le film, pas la musique de fond) renforce l'aspect sombre et cette haine envers l'humanité.
Laisser un commentaire
| « Hell – Achtung, grosse sol’hail ! | Iron Sky – Attack of the killer nazis from the dark side of the moon » |


