Sin Nombre – Le chemin de croix des immigrés clandestins
Par bebealien le Sep 16, 2009 | Dans News, Cinéma | 1 réaction »
Nouvelle avant première aujourd’hui, grâce à Jerôme de Cinefriends. J’en parle car il faut dire que les deux films que j’avais pu voir grâce à lui jusqu’ici m’avaient tout sauf emballé. Et malgré les mauvaises critiques sur mon blog, Diaphana et Jerôme m’ont quand même proposé Sin Nombre. Comme quoi je peux continuer à me lâcher quand je n’aime pas. Et ca tombe bien car le film de Cary Fukunaga est réussi et mérite les prix qu’il a gagné à Sundance et à Deauville.
Sin Nombre - Un premier film réussi
Sayra retrouve son père au Honduras, qui s’apprête à remonter toute l’Amérique Centrale en clandestin afin de pénétrer aux Etats-Unis. De son côté, Casper vit dans un gang nommé La Mara qui terrorise et rackette la population locale. Mais quand le chef de La Mara tue par accident la petite amie de Casper celui-ci se venge et doit s’exiler, poursuivi par le gang en colère. Casper et Sayra sont faits pour se rencontrer et pour vivre ensemble le difficile voyage vers le Nord.
.jpg)
Suite:
Etrange film que celui-ci, un peu comme la personnalité de son réalisateur, mélange de culture suédoise et japonaise (par ses parents), vivant aux USA, ayant étudié en France et parlant couramment espagnol. Un melting pot culturel qui lui permet d’aborder le sujet délicat de l’immigration clandestine avec un peu plus de sensibilité que ses compatriotes américains. C’est un court métrage primé sur le sujet qui lui a permis de monter ce premier long, à partir d’un constat tout simple. Si le passage de la frontière mexicano américaine est difficile, ce n’est rien en comparaison du voyage que doivent faire les immigrés auparavant.

Avec un sujet aussi fort, on était en droit de s’attendre à ce qu’un premier film se prenne les pieds dans le tapis. Mais Fukunaga arrive à éviter les plus gros pièges en s’insérant dans une démarche semi documentaire (lumières naturelles, aucun acteur connu, caméra à l’épaule, grosses recherches en amont, description crue du monde des gangs…) Contrairement à un Welcome de Lioret qui tombait dans l’excès de bonne conscience gerbant, Sin Nombre évite de cracher du pathos à la figure de son spectateur. Il se contente de décrire des hommes. Et c’est sa plus grande qualité.

Néanmoins, le film pêche un peu par le côté dramatique qu’il met petit à petit en place. On sait très vite que Casper est destiné à ne jamais passer la frontière… ce qui fait basculer un film vécu comme un reportage vers un conte initiatique. Et c’est là à mon avis l’erreur du film, mais qui reste pardonnable vu que comme je l’ai dit plus haut, c’est un premier long. Néanmoins, en se détachant de son côté naturaliste, Fukunaga fait perdre de la force à son film car il perd l’effet de surprise et l’identification que peut avoir le spectateur envers un personnage qui ne sait pas vers quoi il avance.

Et du coup, on ne peut s’empêcher de comparer Sin Nombre à deux bombes d’Amérique latine : La Cité de Dieu et Troupes d’Elite. Or, aussi bonne que soit sa réalisation, on se rend compte que Fukunaga est en décalage par rapport à ces deux films car il lui manque une certaine subtilité dans la conduite puis la conclusion de son récit, un peu comme si son côté américain à gros sabots avait tenté de reprendre le dessus pendant la deuxième partie de son récit.
Malgré ce bémol, Sin Nombre reste un film fort, particulièrement marquant dans sa première moitié où ses personnages semblent totalement perdus et broyés par des rouages qui les dépasse. Alors je sais que j’ai une sensibilité particulière pour les personnages perdus, mais Fukunaga n’a vraiment pas usurpé ses prix dans les festivals, car son film est bien joué, dur, intéressant et se permet de toucher un sujet rarement traité, ou en tout cas jamais aussi frontalement. J’ai hâte de voir son prochain long, en espérant qu’il rajoutera un peu plus de subtilité dans son script. Sin Nombre sort le 21 octobre.
P.S. : On va tenter un petit truc. Comme Fukunaga était présent à l’avant première hier soir, je vais essayer de négocier une petite interview avec Diaphana car l’échange risque d’être particulièrement intéressant…
1 commentaire
J'espère que tu pourras faire l'interview :)
Laisser un commentaire
| « Film de Culte – The Thing | Borderland – Les méchants trafiquants de drogue satanistes mexicains » |


