Take Shelter – Paranoiac activity
Par bebealien le Fév 8, 2012 | Dans News, Cinéma | 2 retours »
Le cinéma indépendant américain est vraiment bicéphale. D’un côté, un certain nombre de leurs scénarios deviennent de plus en plus calés sur un moule très bobo/arty/nombrilesque. Une production qui malgré son statut d’indépendante finit par être ultra formatée. De l’autre de vraies tentatives de proposer quelque chose de différent, d’original, et très souvent particulièrement casse gueule. Take Shelter est de ceux-ci. Film rare, au rythme lancinant, il fait preuve d’une finesse et d’une qualité d’écriture qui rend forcément jaloux… Ah, si seulement les petits films étaient plus souvent aussi réussis…
Take Shelter - Un film rare et fin
Curtis est un américain tout ce qu’il y a de plus moyen, qui travaille sur les chantiers. Mais ces derniers temps, il fait des rêves très étranges, où il voit ses proches l’attaquer. Et éveillé, il commence à voir des choses qui n’existent pas : des tornades, des oiseaux… ou à percevoir des sons que personne d’autre n’entend. Toutes ses visions semblent annoncer une apocalypse imminente. Sombrant lentement dans la folie, Curtis croit ses hallucinations comme étant de plus en plus réelles, et il décide de renforcer l’abri anti-tempête de son jardin pour l’agrandir. Et ce, au détriment de sa vie de famille, de son boulot… et sous le regard effrayé de sa femme.

Suite:
D’habitude, je trouve que les sélections du festival de Cannes ne sont pas méga intéressantes. Mais heureusement il existe des exceptions comme ce grand prix de la semaine de la critique. Porté par Michael Shannon (l’agent Van Alden de Boardwalk empire) et par Jessica Chastain qui en deux films (celui-ci et Tree of life) semble directement atterrir dans la cour des grands, il arrive à poser une ambiance apocalyptique avec une hallucinante économie d’effets. Là où certains auraient mis de la musique angoissante, et aurait instauré un suspens de pacotille, Jeff Nichols fait dans la subtilité.

Et ca marche, pour peu qu’on laisse le temps au film de s’installer. Plutôt que de faire dans le frontal aggressif / MTV, Take Shelter mise tout sur son ambiance, sur le non-dit, sur la sensation instaurée tout doucement que quelque chose d’irrépressible est en marche, et que ça ne sera pas à beau à voir. Un tout de force d’autant plus admirable que ce n’est « que » un deuxième film, et que beaucoup de réalisateurs en fin de carrière n’arrivent pas à avoir une approche aussi fine de la mise en scène. En gros, c’est l’antithèse d’un Michael Bay (dont j’aime également le taf par ailleurs).

Doté d’un petit budget de 5 millions de dollar, Jeff Nichols livre une réalisation à l’ancienne, presque académique. Sorti de quelques très jolis mate paintings, le film est très économe en effets spéciaux. Ce qui fait qu’il privilégie une approche façon « Les dents de la mer », suggérant plus qu’il ne montre… et augmentant ainsi d’autant ce fameux sentiment d’impuissance face à la menace imminente. Un pari d’autant plus risqué que le film dure près de deux heures et qu’en imprimant une rythme lent à une histoire qui tient en quelques lignes sur le papier, il y a de grandes chances de perdre très vite le spectateur.

Je n’ai pas encore regardé le premier film de Nichols, sobrement appelé Shotgun Stories, mais j’avoue que la vision de Take Shalter m’a donné carrément envie de rattraper mon retard. Il ne reste plus énormément de salles qui diffusent le film, mais si vous arrivez à en trouver une et que vous n’avez pas peur de voir un film un peu différent, allez-y les yeux fermés. Enfin, ouverts, plutôt. Enfin, je me comprends, quoi.
2 commentaires
Avant de vomir sur ce film, je sauve Michael Shannon, qui est vraiment impressionnant. Chastain est pas mal, mais bon, son rôle de femme fragile a déjà été vu, revu, archi-vu. Et je sauve la photographie intéressante.
Sinon, c'est lent, lent, LENT, et rempli d'une symbolique lourdingue. Si le film s'arrêtait après le pétage de plombs de la cantine, je l'aurais vu comme une analyse intéressante de la paranoïa et de la désagrégation d'un couple à cause de la folie...sauf qu'il part ensuite dans une direction surnaturelle, et perd tout son sens. Un peu comme Blood Diamond : on retire les cinq dernières minutes, et on a un film largement meilleur (sauf que BD est divertissant même avec la morale neuneu de la fin).
Ou alors, c'est totalement un film fantastique, une variation sur l'Enfant qui criait au loup, mais avec un point de vue un rien absurde : la caméra suit celui qui détient la vérité, en donnant l'impression qu'il a tort. Du coup, difficile d'en retenir quoi que ce soit (à part Shannon).
C'est un film moyen Pré apocalyptique, a cause du theme sur la paranoia et l'impact des maladie mental sur la famille trop présent comparé au pré apo.
Et c'est un moyen sur la paranoia et l'impact des maladies mentales sur la famille a cause de la réalité de la vision apocalyptique.
Personnellement, ca aurait pu être deux putains de film différent, dont l'un, le film fantastique m'aurait tout simplement énormément touché.
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